Silicon Valley Bank : les trois leçons d'une faillite bancaire historique
Le 10 mars 2023, en l'espace de 48 heures, une banque de 220 milliards de dollars s'est effondrée. Bienvenue dans l'histoire de la Silicon Valley Bank (SVB).
Le 10 mars 2023, en l'espace de 48 heures, une banque de 220 milliards de dollars s'est effondrée. Non pas à cause d'une fraude, ni d'une exposition à des actifs toxiques, mais à cause d'une combinaison d'obligations souveraines à long terme, de dépôts non assurés, et de groupes WhatsApp de capital-risqueurs. Bienvenue dans l'histoire de la Silicon Valley Bank (SVB), et dans l'une des leçons les plus importantes sur la gestion de trésorerie de ces dernières années.
Fondée en 1983 - selon la légende, à la suite d'une partie de poker improvisée à Menlo Park - Silicon Valley Bank s'est très tôt positionnée là où les banques traditionnelles ne voulaient pas aller : auprès des jeunes entreprises de la tech, jugées trop risquées par les banques historiques. Pendant quarante ans, ce pari a été gagnant. À son apogée, SVB comptait parmi ses clients une proportion écrasante des start-ups américaines, ainsi que les fonds de capital-risque qui les financaient.
Cette spécialisation était une force. C'était aussi, comme nous allons le découvrir, une fragilité structurelle majeure.
Pendant la pandémie, les levées de fonds ont atteint des niveaux historiques. Les start-ups américaines, débordantes de liquidités, les déposaient chez leur banque de référence : SVB. Entre fin 2020 et fin 2021, les dépôts de la banque sont passés de 102 à 189 milliards de dollars, soit une hausse de près de 85 % en un an.
Problème : une banque ne peut pas laisser 90 milliards de nouveaux dépôts « dormir » sans rien faire. SVB a donc investi massivement ces liquidités dans des obligations à long terme, principalement des obligations souveraines américianes et des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS). Des actifs considérés dans l’ensemble comme très sûrs, mais avec une duration (c'est-à-dire une sensibilité aux taux d'intérêt) élevée, comprise entre 5 et 7 ans.
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À la fin de l'année 2022, environ 55 % de l'actif de SVB était constitué de ces obligations longues. En face, côté passif, les dépôts pouvaient sortir à tout moment. Le bilan ressemblait à un château de cartes : stable par temps calme, vulnérable au moindre souffle.
À partir de mars 2022, la banque centrale américaine (Fed) a relevé ses taux directeurs à un rythme inédit, passant de 0,25 % à plus de 4 % en moins de 18 mois, pour répondre à l'inflation post-Covid.
Or, quand les taux montent, la valeur des obligations existantes chute mécaniquement. Nous l'expliquons en détail dans notre article sur la duration d'une obligation. Pour SVB, cela s'est traduit par des pertes latentes estimées entre 15 et 18 milliards de dollars fin 2022, soit l'équivalent de la quasi-totalité de ses fonds propres.
Tant que ces obligations n'étaient pas vendues, ces pertes restaient comptables, invisibles. Mais la banque se retrouvait dans une situation délicate : si des clients venaient à retirer massivement leurs fonds, il faudrait vendre ces titres à perte pour honorer les retraits.
Au même moment, l'écosystème tech subissait son propre retournement. Les levées de fonds se raréfiaient, les introductions en Bourse disparaissaient, et les start-ups commençaient à consommer leurs réserves de trésorerie. Résultat : les retraits de dépôts chez SVB s'accéléraient, contraignant la banque à vendre ses obligations à perte.
Le 8 mars 2023, SVB tente de reprendre la main. Elle annonce avoir vendu 21 milliards de dollars de titres, enregistrant une perte de 1,8 milliard, et prévoit une augmentation de capital de 2,25 milliards pour se recapitaliser. L'objectif : rassurer les marchés.
L'effet est exactement inverse. Cette annonce révèle au grand jour ce que certains commençaient à soupçonner : la banque est sous pression. En quelques heures, des fonds de capital-risque de premier plan recommandent explicitement à leurs participations de retirer leurs fonds.
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La suite s'enchaîne à une vitesse sans précédent. Contrairement aux bank runs (ruée bancaire) du passé, les retraits ne se font plus en file d'attente devant une agence : ils s'effectuent en ligne en quelques clics. Le 9 mars, SVB fait face à 42 milliards de dollars de demandes de retrait en une seule journée, soit 25 % de ses dépôts totaux. À titre de comparaison, lors de la faillite de Washington Mutual en 2008, le pic journalier n'avait pas dépassé 2 %.
Le 10 mars, les autorités américaines ferment la banque et la placent sous contrôle de la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation), l'agence fédérale de garantie des dépôts. Il s'agit de la plus grande faillite bancaire américaine depuis 2008.
Le risque de contagion était réel. De nombreuses banques américaines détenaient, elles aussi, des obligations longues en perte latente. Pour éviter une crise systémique, les autorités ont pris deux décisions exceptionnelles.
La première : garantir l'intégralité des dépôts de SVB, y compris au-delà du plafond légal de 250 000 dollars par déposant assuré par la FDIC. La seconde : la Fed a lancé le Bank Term Funding Program (BTFP), permettant aux banques d'emprunter à court terme en apportant leurs obligations en garantie à leur valeur nominale, évitant ainsi les ventes forcées à perte.
Au Royaume-Uni, la filiale de SVB, banque de nombreuses start-ups européennes, a été reprise en urgence par HSBC pour une livre symbolique, préservant la continuité opérationnelle de milliers d'entreprises.
Au-delà du secteur bancaire, l'épisode a également secoué l'écosystème des stablecoins. Circle, l'émetteur de l'USDC, a révélé que 3,3 milliards de dollars de ses réserves - soit environ 8 % du total - étaient déposés chez SVB. L'USDC a temporairement chuté sous 0,90 dollar avant que les autorités ne rétablissent la confiance en assurant l’intégralité des dépôts.
La faillite de SVB n'est pas une histoire de malchance ou de panique irrationnelle. C'est la conséquence logique de trois vulnérabilités accumulées.
La première : la concentration des dépôts. Quand 90 % de vos déposants appartiennent au même écosystème, partagent les mêmes investisseurs et les mêmes réflexes, un signal négatif peut déclencher une sortie simultanée et massive.
La deuxième : le risque de taux, longtemps sous-estimé. Dans un monde de taux bas, investir en obligations longues semblait anodin. La remontée rapide des taux de 2022 a rappelé brutalement que la durée expose au risque de marché, un risque bien réel, même sur des actifs souverains.
La troisième : la vitesse de l'information à l'ère numérique. Un bank run qui prenait dix jours en 1984 (Continental Illinois) peut désormais s'accomplir en quelques heures, voire quelques minutes. La prophétie devient autoréalisatrice plus vite que jamais.
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Si la crise de Lehman Brothers avait brisé l'illusion du « trop grand pour faire faillite », SVB montre que le risque systémique ne tient plus seulement à la taille d'un établissement, mais à la densité de ses interconnexions et à la vitesse à laquelle la confiance peut s'évaporer.
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Pourquoi une obligation perd de la valeur quand les taux montent ? Lorsque les taux d'intérêt augmentent, les nouvelles obligations émises offrent un rendement plus élevé. Les anciennes obligations, moins attractives, voient leur prix baisser pour s'ajuster. Plus la durée (duration) d'une obligation est longue, plus cette sensibilité est forte. En 2022, cette mécanique a provoqué un véritable krach silencieux sur les marchés obligataires.
"Pull your money out" Le soir du 8 mars 2023, plusieurs fonds de capital-risque recommandent explicitement à leurs participations de retirer leurs fonds de SVB. Parmi eux, Founders Fund, le fonds d’investissement de Peter Thiel. L'information circule quasi instantanément sur les réseaux privés de l'écosystème tech.
La prophétie autoréalisatrice bancaire La crainte d'une faillite peut suffire à la provoquer. Quand les déposants anticipent que les autres vont retirer leurs fonds, il est rationnel pour chacun d'agir en premier. C'est ce mécanisme - et non une insolvabilité préexistante - qui a précipité la chute brutale de SVB.
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